Après avoir été présentée à Séries Mania au printemps, la série allemande « Das Manko » poursuit son parcours dans un autre rendez-vous international consacré aux images : le Geneva International Film Festival. Cette fiction courte s’installe dans une entreprise où les méthodes de gestion, les indicateurs et les procédures d’optimisation ont fini par prendre le pas sur les salariés eux-mêmes.
Le cadre de la série repose sur un décalage constant entre le vocabulaire sérieux de l’entreprise et la mécanique absurde des situations. Les employés saisissent des données dans de volumineux ordinateurs, tandis que des consultants spécialisés dans l’amélioration des processus viennent imposer leur regard sur le fonctionnement interne. Leur arrivée ne semble pourtant pas répondre aux priorités du personnel : ils débarquent un mercredi, jour traditionnel des Schnitzel, mais choisissent de ne manger que de la salade.
Une entreprise prise dans la logique de la restructuration
Le récit prend forme alors que l’entreprise est soumise à la pression de la restructuration. Le patron, présenté comme plutôt bienveillant, doit procéder au licenciement des dix employés jugés les moins performants. Une erreur dans la distribution des enveloppes vient cependant dérégler ce plan. Les salariés concernés ne sont pas envoyés vers la sortie comme prévu : ils sont orientés vers un séminaire censé améliorer leurs compétences.
Ce déplacement résume le principe de « Das Manko » : la série observe les effets concrets de décisions administratives qui prétendent rationaliser le travail, mais qui produisent surtout de la confusion. Les personnes concernées ne sont jamais réduites à de simples chiffres, même si l’organisation les traite comme des éléments interchangeables d’un tableau de performance.
- Production : série allemande présentée au Geneva International Film Festival.
- Parcours : sélectionnée auparavant à Séries Mania au printemps.
- Cadre : une entreprise confrontée à des consultants et à une restructuration.
- Angle : l’absurdité des méthodes de management et des procédures internes.
Un séminaire d’entreprise qui devient une épreuve
Le séminaire de remise à niveau ne constitue pas une parenthèse anodine. Les employés y sont conduits dans un véhicule autonome conçu par leur propre société. L’engin se distingue par une particularité peu rassurante : il heurte tout ce qui se trouve sur son passage. Le trajet prolonge ainsi la logique de la série, où les outils censés faciliter la vie professionnelle deviennent des sources supplémentaires de désordre.
À travers cette entreprise, « Das Manko » s’intéresse à un univers professionnel où les décisions sont emballées dans des termes techniques et des objectifs d’efficacité. Le résultat décrit par Le Temps relève d’une forme de comédie d’observation, avec une mise en scène de l’absurde qui rappelle la mécanique visuelle de Jacques Tati. Le comique naît moins de répliques isolées que de la confrontation entre les habitudes collectives des salariés et les règles importées par les experts de l’optimisation.
La présentation au Geneva International Film Festival confirme la circulation de cette série au-delà de son pays d’origine. Après Séries Mania, elle trouve dans ce festival un nouvel espace de visibilité pour une fiction qui ne traite pas le management comme un simple décor. Les restructurations, les séminaires obligatoires et les procédures automatisées deviennent ici les ressorts d’un récit consacré à la manière dont une organisation peut perdre de vue ceux qui la font fonctionner.